Eau potable à Bamako : une capitale, deux mondes

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En 2010, l’ONU a reconnu l’accès à l’eau potable comme un droit fondamental. Pourtant, à Bamako et dans ses périphéries, ce droit reste largement compromis. Tandis que les quartiers centraux bénéficient de réseaux relativement fiables, les zones périphériques survivent grâce aux forages privés, aux vendeurs ambulants ou à des sources insalubres. Cette fracture urbaine révèle une mauvaise répartition des infrastructures, une gestion institutionnelle fragmentée et une volonté politique insuffisante.

À Kalaban Coura, quartier de 138 046 habitants (Recensement Général de la Population et de l’Habitat 2022 – RGPH5, INSTAT Mali), l’eau du robinet est quasi inexistante. Chaque matin, dès l’aube et jusque tard dans la moitié de la journée, les ruelles s’animent d’un ballet de bidons jaunes. Les femmes, les enfants et les aides-ménagères se pressent autour des forages privés appartenant à des voisins le plus souvent, espérant que la pompe s’ouvre.  

À huit heures, quand le soleil commence à être au rendez-vous (les forages fonctionnent grâce à l’électricité solaire), la file est déjà longue. Les bidons et les seaux disposés à la queue envahissent l’espace et les conversations commencent à se mêler aux bruits des récipients. Fatoumata Sissoko, la trentaine, témoigne qu’ici, l’eau du robinet ne vient presque jamais. « Sans ce forage, nous ne pourrions pas vivre », souffle-t-elle. À ses côtés, sa fille écolière surveille le remplissage du bidon de sa mère. 

Bidons d’eau devant un forage, Kalaban Coura

À deux pas de là, MT, surveillante d’un forage communautaire, ajoute : « Ce forage nous a été offert par une personne de bonne volonté. Sinon, à Kalaban Coura, l’eau est difficile à obtenir. Comme ma belle-fille aujourd’hui, à notre époque aussi nous cherchions l’eau jusqu’à en ressentir la fatigue dans notre corps. »  

Seydou Cissé, vendeur ambulant, complète qu’ils vendent l’eau à 100 francs CFA (environ 0,18 USD) le bidon. Les familles n’ont pas le choix. Mais parfois, on les accuse de profiter de la misère. Ce tarif du marché informel équivaut à 5 000 francs CFA (environ 9,00 USD) le mètre cube, soit un prix près de 44 fois supérieur au tarif social officiel de la SOMAGEP (Société Malienne de Gestion de l’Eau Potable), fixé à 113 francs CFA (environ 0,20 USD) le mètre cube pour les populations raccordées.

Sénou, un carrefour stratégique sans eau potable 

Situé à environ 7 km de l’aéroport international Modibo‑Keïta Sénou et comptant 187 181 habitants selon le RGPH 2022 (INSTAT, résultats publiés en 2023), Sénou est traversé par la route nationale 7, axe vital reliant Bamako au sud du pays et aux pays voisins. C’est par là que transitent les convois de carburant et les marchandises venant de la Côte d’Ivoire, de la Guinée ou du Sénégal. Cette position stratégique contraste avec la réalité quotidienne. Sénou est privé d’un réseau fiable d’eau courante. 

Puits d’eau dans une famille à Sénou

L’observation sur le terrain montre qu’il n’existe pas de véritable réseau de production de la SOMAPEP (Société Malienne de Patrimoine de l’eau Potable). Dans les secteurs de Sénou visités, aucune borne-fontaine n’a été observée. En revanche, plusieurs puits et quelques forages sont utilisés par les habitants comme principales sources d’eau. 

Mais selon une étude conjointe du Laboratoire National de la Santé et de l’ANSSA (Agence Nationale de Sécurité Sanitaire des Aliments) publiée en 2020, 76 % des habitants de Sénou s’approvisionnent aux puits, 13 % aux forages et seulement 11 % aux bornes-fontaines. Cependant, le tarissement annuel des puits entre avril et mai fait des forages l’unique ressource disponible pour les familles durant cette période. 

Des forages comme alternative à une fracture urbaine et sociale criarde

En avril 2026, trois nouveaux forages ont été inaugurés à Sénou Souleymanebougou, Médine 2 et Médine 3, des sous-quartiers de Sénou situés en commune VI de Bamako. Ils ont été réalisés dans le cadre des Œuvres sociales du Président de la Transition, un programme d’actions sociales financé par le fonds de souveraineté du Président de la Transition et couvrant plusieurs secteurs mais mettant un accent particulier sur l’accès à l’eau avec la réalisation de 541 forages à travers le pays à la date du 18 juin 2026, dont les trois récents inaugurés à Yirimadio Kadobougoumi dans le district de Bamako. Ces installations restent toutefois un palliatif. Elles ne remplacent pas véritablement le réseau et deviennent problématiques lorsqu’elles tombent en panne.  « J’ai un puits chez moi qui couvre mes besoins et ceux de mes voisins. Nous y ajoutons de l’eau de javel pour le rendre potable. Néanmoins, tous les ans, il tarit, et je dois recourir aux forages », témoigne Mariam Diallo, ménagère à Sénou Ladjibougou. Cette précarité se retrouve dans d’autres foyers du quartier.  

Plus loin, Kadiatou Sanogo, habitante de Sénou, explique : « Nous dépendons du puits des voisins, car le nôtre donne une eau rouge pleine de microbes. Nous devons chercher de l’eau ailleurs. Les forages existent, mais la plupart sont payants. »  

Ses propos révèlent une autre facette du problème. Même lorsque l’eau est accessible, elle reste souvent insalubre ou coûteuse, accentuant la vulnérabilité des ménages.  

Le commerçant Adama Samaké renchérit : « À partir d’avril, les puits tarissent et l’accès à l’eau devient difficile. Certains voisins offrent l’eau gratuitement, d’autres la vendent à 25 FCFA (environ 0,045 USD) le bidon. Sénou est vaste. Il faudrait un raccordement à la SOMAPEP ou davantage de forages. »  

Les habitants naviguent donc dans un système précaire où l’absence de réseau officiel pèse lourdement sur leur quotidien, entre solidarité de proximité et commerce informel.    

Avec près de 200 000 habitants et sans un véritable réseau de distribution d’eau de qualité, Sénou illustre une contradiction majeure : bien qu’il soit important avec sa position stratégique dans l’économie nationale, il demeure privé d’un réseau de distribution d’eau potable fiable.  Nos incursions y révèlent une dépendance fragile des populations aux puits et aux forages. L’absence de réseau SOMAPEP et la faiblesse des branchements sociaux traduisent une fracture urbaine profonde, où la croissance démographique se heurte à l’insuffisance des infrastructures.

Badalabougou, un réseau existant mais de moins en moins fiable 

À Badalabougou, quartier de 20 219 habitants selon le RGPH 2022, la majorité des ménages disposent d’un robinet d’eau à domicile et paient leurs factures mensuelles à la SOMAGEP. Ce réseau officiel distingue le quartier des périphéries comme Sénou ou Kalaban Coura, où l’eau courante reste un luxe.  

Mais derrière cette façade de normalité, les habitants constatent une dégradation progressive. Les coupures, autrefois rares, sont devenues fréquentes depuis la crise énergétique qui affecte l’alimentation électrique d’EDM ― SA (Énergie du Mali – SA) et, par ricochet, la distribution d’eau. Le projet Kabala – dont la première phase majeure a été mise en service en 2019 pour doubler progressivement la capacité de production globale de Bamako à plus de 500 millions de litres/jour – n’a pas suffi à stabiliser la distribution.  

« On ne peut pas dire qu’il y a un véritable problème d’eau ici. Certes, les coupures sont devenues plus fréquentes depuis la crise énergétique, mais comparé à d’autres quartiers de Bamako, nous restons relativement privilégiés », souligne Adama Karembe, résident à Badalabougou depuis 12 ans. 

De son côté, Assitan Diabaté, habitante depuis 10 ans, confie : « Autrefois l’eau du robinet venait normalement et rarement il y avait des coupures. Maintenant il y en a souvent de 7h jusqu’à 21h. Sinon, il y a quelques années, notre secteur n’était pas confronté à un problème d’eau. »  

Hamdallaye ACI 2000, le privilège d’un réseau continu

Quartier d’affaires et résidentiel de Bamako, Hamdallaye compte 55 051 habitants (RGPH 2022 – INSTAT). Ici (la zone ACI), l’accès à l’eau est globalement garanti. Les robinets coulent avec une relative régularité et les factures sont régulièrement payées. Les coupures, lorsqu’elles surviennent en période de canicule, restent brèves grâce à un réseau fiable renforcé par la mise en service de l’usine géante de Kabala. Les phases actuelles d’extension de ce mégaprojet, soutenues par les partenaires internationaux, visent désormais à densifier les réseaux secondaires et tertiaires pour sécuriser définitivement l’approvisionnement des populations de la capitale.

Oumar Coulibaly, gardien d’immeuble, souligne qu’à Hamdallaye ACI, l’eau ne manque pratiquement jamais. Les résidents disposent de leurs robinets et paient régulièrement leurs factures. Les coupures sont rares et, lorsqu’elles surviennent, elles ne durent pas longtemps. Véronique Dougnon, une femme de ménage employée dans un appartement, abonde dans le même sens. « Comparé à d’autres quartiers où il faut courir après les bidons, ici c’est un privilège », confie‑t‑elle. 

Ces contrastes entre quartiers périphériques et quartiers mieux desservis révèlent une capitale à deux visages. Derrière les robinets qui coulent sans interruption à Hamdallaye ACI (le secteur d’affaires) et les bidons jaunes entachés de Kalaban Coura ou Sénou, se cache une fracture urbaine profonde. Les chiffres officiels, souvent mis en avant par les autorités, ne traduisent pas cette réalité. C’est ce décalage entre statistiques et vécu qui mérite d’être interrogé.

Des chiffres officiels qui masquent les fractures internes

Selon les données de la Direction nationale de l’Hydraulique (DNH), dans la capitale malienne, 83% de la population ont accès à l’eau potable et 75,4% ont accès à une source améliorée (robinets, forages…). Mais seulement 15% des ménages disposent d’eau courante à domicile.  Mais derrière ces pourcentages, la réalité est plus nuancée : les quartiers centraux se rapprochent des objectifs fixés par les autorités, tandis que les périphéries restent en marge. 

Visuel généré par l’IA à partir des données officielles de la DNH

Visuel généré par l’IA à partir des données officielles de la DNH

Cette disparité est visible par exemple à Dialakorodji, commune rurale du cercle de Kati (région de Koulikoro), située en périphérie immédiate de Bamako et limitrophe de la Commune I, avec environ 170 724 habitants (RGPH 2022 – RGPH5, INSTAT, publié en 2023). Dans ce quartier où les populations souffrent depuis des années du manque d’eau potable, le projet de raccordement au réseau central – issu de la phase d’extension du projet AEP Kabala et matérialisé par le chantier Banconi‑Razel – avance à pas lents depuis plus de deux ans. Ce volet, mis en œuvre par la SOMAPEP‑SA, prévoit la réalisation de 98 km de canalisations destinées à améliorer durablement la desserte en eau potable dans des quartiers vulnérables comme Banconi, Hippodrome et Dialakorodji. Mais les retards accumulés transforment la promesse en mirage : les habitants restent dépendants des bornes‑fontaines, des forages et des vendeurs ambulants, payant entre 50 et 100 FCFA (environ 0,09 à 0,18 USD) par bidon de 20 litres, symbole d’une fracture urbaine où l’eau est abondante au centre mais demeure une denrée marchande en périphérie.

Au-delà des statistiques institutionnelles et des chantiers en suspens, une vérité plus sombre se dessine : la gestion de l’eau est gangrénée par des défaillances administratives et des malversations financières, dont les populations locales subissent directement les conséquences. 

Corruption et lenteur, facteurs aggranavants

Le rapport du Vérificateur général (mars 2025), publié sur son site officiel, fait état d’irrégularités dans la gestion de la SOMAGEP. Les pertes sont évaluées à plus de 1,7 milliard FCFA, dont la très grande partie           demeure      non justifiée      et non régularisée. Le rapport, transmis à la justice, mentionne notamment le non‑reversement de droits de timbre, des pénalités de retard ignorées et des forages non conformes.      

Le Projet d’Appui à la Sécurité de l’Eau au Mali (PASEMa) fait actuellement l’objet d’une surveillance gouvernementale accrue, dictée par l’urgence de rattraper des retards d’exécution persistants. Cette exigence de résultats a marqué le début de l’année 2026, notamment lors de la visite d’inspection des chantiers de la SOMAPEP‑SA effectuée le 28 janvier dernier par le ministre Boubacar Diané.      

Peu après cette intervention, le remaniement ministériel du 12 février a conduit au remplacement de M. Diané par le Pr. Tiémoko Traoré. Ce dernier a désormais la lourde responsabilité de redresser un secteur stratégique en pleine crise et de garantir la livraison des infrastructures hydrauliques attendues.      

Audit du Vérificateur général (mars 2025) – Visuel généré par IA à partir de données officielles du VG

La valse des ministres à la tête du département de l’Énergie et de l’Eau illustre à la fois l’importance stratégique de ce portefeuille et la difficulté à assurer une continuité opérationnelle face aux crises de desserte, analyse un spécialiste du domaine. Ce ministère, placé au cœur des équilibres sociaux et de la crédibilité de la Transition, à en croire certaines sources internes, concentre les attentes cruciales des bailleurs comme celles des populations. Du reste, lors de son allocution de fin de visite devant les cadres de la SOMAPEP‑SA, Boubacar Diané avait rappelé la dimension politique et sécuritaire du projet en affirmant que l’accès à la ressource constitue la « pierre angulaire de l’équilibre social » du pays.

La crise de gouvernance s’est aggravée avec l’affaire révélée par le journaliste Issiaka TAMBOURA (Le Soft, mai 2026), mettant en lumière un préjudice supplémentaire de 1,9 milliard FCFA lié à des faux reçus et recettes non reversées. Il s’agit de faits de fraude, et trois suspects ont été présentés devant la justice.

Autant d’éléments qui      traduisent un système fragilisé par la corruption et la mauvaise gestion. Et la présentation de trois suspects devant la justice semble être la preuve  que ces pratiques sont désormais punies sur le plan judiciaire.      

L’action des ONG : une réponse temporaire 

Dans ce contexte marqué par de fortes disparités liées au manque d’infrastructures et à une gouvernance défaillante, les organisations non gouvernementales apparaissent comme des acteurs de proximité. Elles s’emploient à soulager les populations et, surtout, elles constatent les mêmes réalités que celles relevées par notre enquête : les quartiers périphériques restent les plus touchés par les coupures, la faible pression d’eau et l’absence d’un réseau de distribution fiable.

Solidaris 223, une organisation de la société civile active dans l’éducation, la santé, la protection des femmes et l’accès à l’eau potable, dirigée par Aminata A. Dicko, s’est employée à soutenir les populations vulnérables. L’organisation a réalisé plusieurs forages, notamment en faveur de l’Union Malienne des Aveugles, à Kalaya (Siby), à Faladié (Bamako) et récemment à Gao. Mme Dicko reconnaît toutefois que, malgré ces efforts, les femmes et les filles demeurent les plus affectées dans les quartiers périphériques, contraintes de chercher l’eau ou de l’acheter à des prix élevés. « Ce sont elles qui portent le poids de cette précarité hydrique, car chaque jour elles doivent parcourir des distances ou payer des sommes que leurs familles ne peuvent supporter », souligne-t-elle. 

Aminata Dicko souligne ensuite, avec regret, que plusieurs projets annoncés à Sénou, Bollé et Diatoula sont aujourd’hui à l’arrêt, faute de financements suffisants pour leur réalisation. Elle rappelle que les actions de son organisation reposent principalement sur des dons d’acteurs nationaux, ce qui limite leur concrétisation.

Dans le même sens, TASSAGHT, fondée en 1985 et officiellement reconnue en 1988, bénéficie de soutiens internationaux, notamment saoudiens, pour appuyer certains projets hydrauliques. Selon son responsable administratif et financier, Soumaila Diarra, l’ONG a réalisé depuis 2025 près de 26 adductions d’eau sommaires et plus de 48 forages gratuits et équipés, touchant plus de 200 000 personnes. Il résume ces actions comme un soulagement réel pour les familles, mais insiste sur le fait que la mauvaise gestion des infrastructures existantes compromet leur efficacité et que seule la mise en place de comités communautaires peut garantir la durabilité des ouvrages.

L’enquête corrobore l’idée que l’intervention des ONG, bien qu’indispensable, demeure une solution temporaire et palliative face à la crise. Les réalités observées, particulièrement les données de Solidaris 223 concernant les foyers obligés de payer pour leur approvisionnement en eau, révèlent les limites de cette aide. En effet, l’action humanitaire ne saurait pallier les carences de gouvernance, les entraves financières et l’inertie des institutions qui enferment les zones périphériques de Bamako dans un état de privation d’eau chronique. 

Les carences institutionnelles ne se limitent pas à un déficit de gestion : elles s’incarnent dans l’eau que boivent les habitants, transformant chaque puits ou sachet en un risque sanitaire tangible. 

Les menaces sur la santé 

Le contexte difficile d’accès à l’eau potable dans les périphéries de Bamako revêt des      dangers majeurs pour la santé des populations.  À Sénou par exemple, une étude conjointe du Laboratoire National de la Santé (LNS) et de l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire des Aliments (ANSSA), publiée en 2020, conclut que : « La population du quartier de Sénou utilise majoritairement de l’eau de puits, suivie de celle des forages. Les eaux des bornes-fontaines étaient les moins utilisées. (…) Les eaux de puits de Sénou étaient très douces mais de mauvaise qualité bactériologique, liées à la présence de germes indicateurs de contaminations fécales. De ce fait, la population de Sénou est exposée au risque de certaines maladies hydriques. (…) Les eaux des bornes-fontaines étaient de bonne qualité bactériologique comparées à celles des forages et des puits. »

Les témoignages recueillis sur le terrain auprès de certains habitants de Sénou‑Ladjibougou, dont la ménagère Kadiatou Sanogo, évoquent une eau provenant de certains puits de la zone, décrite comme « rouge et pleine de microbes », ou rendue consommable par l’ajout de javel. Cette pratique aléatoire ne permet toutefois pas d’éliminer les agents pathogènes persistants ni les métaux lourds comme le plomb. Or, selon l’Aide-mémoire sur l’eau potable de l’OMS, les conséquences de l’eau contaminée sont immédiates : diarrhées, fièvre typhoïde et choléra. 

À cela s’ajoute la consommation des eaux préemballées dans des sachets plastiques, très répandus dans les quartiers périphériques privés de réseau. En avril 2023, dans un reportage diffusé sur l’ORTM (Office de Radiodiffusion-Télévision du Mali), le Laboratoire National de la Santé (LNS) a qualifié la qualité de ces produits de « dangereuse ». Le rapport officiel de l’institution, basé sur les analyses de 2022 et repris dans une enquête de Kémoko Diabaté publiée sur L’Essor (le Quotidien national d’information du Mali)  et l’AMAP (Agence malienne de presse et de publicité), révèle que 50 % des eaux en sachet examinées étaient non conformes et contaminaient les consommateurs en raison de la présence de bactéries.

Conditionnés dans des environnements précaires et souvent exposés au soleil, ces sachets libèrent des substances chimiques nocives, aggravant les menaces microbiologiques et chimiques sur l’eau. 

Force est de reconnaître que la consommation d’eau non officielle – puits, forages, sachets – ne relève pas seulement d’une question d’accès : c’est un enjeu de santé publique.  

A Bamako, la fracture sociale dans la desserte d’eau potable est profonde. Les quartiers centraux, mieux desservis par la SOMAGEP et les réseaux officiels, disposent d’un accès régulier et sécurisé, tandis que les périphéries sont contraintes de consommer une eau majoritairement impropre. Toutes choses dues à plusieurs facteurs que nous avons pu constater. Et en rapprochant les données des ONG,      on constate que des foyers paient pour un approvisionnement incertain, tandis que les analyses du Laboratoire National de la Santé (LNS) et de l’USTTB montrent que près de 76 % de la population des zones périphériques dépendent des puits traditionnels, dont la majorité présente de graves contaminations bactériologiques, et que près de 50 % des sachets d’eau sont impropres à la consommation. Seules les bornes-fontaines offrent une eau conforme et accessible au tarif social, mais elles restent rares dans ces zones.

     

Une enquête réalisée par Adama BAH avec le soutien de la CENOZO

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