Paradis fiscaux : Brasserie BB Lomé, derrière le houblon

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« Ce que j’ai acheté en France, je l’ai eu grâce à l’Afrique ». Ainsi affirmait Pierre Castel dans le journal Challenges dans sa livraison du 11 juillet 2014. Dans cet entretien, le magnat des bières sur le continent africain s’est lâché. Fait rare chez un homme qui pourtant joue la carte de la discrétion. « Nous sommes un groupe africain car ce continent représente 90 % de notre activité. Et sur nos 28.000 salariés, il n’y a que 150 expatriés. J’y suis allé alors que personne n’y croyait et j’ai misé sur la bière qui se vend bien, avec des marques nationales fortes. Je m’en suis bien sorti », ajoutait-il. En effet, Pierre Castel s’en est plus que bien sorti. Car selon Olivier Blamangin, ancien responsable des relations avec l’Afrique du Groupe Castel, « Le bénéfice net après impôts du groupe est estimé entre 700 millions et 1 milliard d’euros annuel »« C‘est un marché extrêmement juteux. Sans doute le plus juteux des marchés au monde », affirme-t-il.

Cependant une part d’ombre entoure les milliards de Pierre Castel. L’empire repose en grande partie sur des montages financiers sophistiqués avec une stratégie de payer moins d’impôts, selon le rapport publié en juin 2021, « De l’Afrique aux places offshore : l’empire Castel brasse de l’or ». Autrement, le fondateur du vin « Baron de Lestac », déformation de Castel, a du goût pour les paradis fiscaux. Descente dans l’un des « breuvages Castel » au Togo, la brasserie BB Lomé. Mais avant, petit rappel de l’épopée africaine de Pierre Castel.

Petit cours d’histoire

La fortune de Pierre Castel, lui-même le reconnaît, repose en grande partie sur ses myriades de brasseries sur le continent africain. Un ancrage rendu possible par sa proximité avec les pouvoirs politiques. Comme cette rencontre en 1967 avec Omar Bongo qui deviendra plus tard président du Gabon. Ce dernier va aider son ami Pierre Castel à asseoir son empire à partir de l’Afrique. Société des brasseries du Gabon (Sobraga), Solibra en Côte d’Ivoire, Brakina (Burkina Faso), Braniger (Niger) Soboma (Mauritanie), etc. Partout où le Groupe Castel s’est installé, il a dû avoir la faveur des hommes politiques à la tête de leurs pays.

C’est le cas au Togo en 1996 où Castel est devenu le propriétaire des deux brasseries (Brasserie de Lomé et de Kara) à la faveur d’un programme de privatisations sur instigation des institutions de Bretton Woods. A l’époque, Gnassingbé Eyadema, le père de Faure (l’actuel chef de l’Etat togolais), dirigeait le pays avec une main de fer et sans partage. Il était très proche d’Omar Bongo Ondimba.

Le président Togolais et Pierre Castel / Ph : Républicoftogo

Au départ, la brasserie était détenue par l’Allemagne (Il était le principal actionnaire avec 75% selon le magazine togolais « Tendances » dans sa parution de mars 2014. La brasserie sera cédée en 1996 au Groupe Castel-BGI (Brasseries et Glacières internationales) et deviendra La Bière Bien Lomé. Quelques temps après, à l’avènement de Faure Gnassingbé au pouvoir, la lune de miel entre Pierre Castel et l’actuel chef de l’Etat togolais va prendre un sérieux coup.

L’amer breuvage

C’était au lendemain des élections présidentielles de 2015. Les signes annonciateurs du divorce étaient déjà perceptibles. En marge de la COP 21, à Paris, Faure Gnassingbé avait un agenda chargé. Il a rencontré plusieurs personnalités dans l’Hexagone dont deux gros magnats d’affaires : Vincent Bolloré et Pierre Castel qui partagent le fleuron de l’économie togolaise.  Si Bolloré se la coule douce au Port autonome de Lomé, Pierre Castel fait couler à flot la bière.

Pendant cette réunion, les discussions entre Faure et Pierre Castel auraient été houleuses, selon le quotidien privé togolais Liberté du 30 décembre 2015. Le journal mentionne que l’ex- Commissaire général de l’Office togolais des recettes (OTR) Kodjo Adedze et actuel ministre du Commerce du Togo aurait assisté à la rencontre. Aucun communiqué officiel à l’issue de ce tête-à-tête. Un an plus tard – 2016 – l’OTR a soumis le Groupe Castel à un redressement fiscal. Le géant de la boisson est sommé de payer 60 milliards FCFA étalés sur la période 2012 à 2015. Dans un premier temps, la multinationale a menacé de délocaliser son entreprise en Côte d’Ivoire, mais a visiblement dû se résoudre à boire l’amer breuvage du fisc togolais. Elle a accepté d’honorer ses engagements fiscaux sur échelonnage.

Jusqu’à présent la société n’a pas démonté ses usines mais elle est sortie quelque peu fragilisée. Olivier Renson, Directeur Général d’alors de la BB Lomé aurait été sommé de quitter le Togo. Selon la presse locale togolaise, en marge d’un voyage officiel en Chine du 29 mai au 02 juin 2016, Faure Gnassingbé aurait rencontré les opérateurs économiques. Rencontre à laquelle assistait l’ex-Directeur général de la brasserie de Lomé. Ce dernier aurait dit à Faure Gnassingbé que ses ministres ne lui « disent pas la vérité ».  Il aurait réagi ainsi par rapport aux décisions du gouvernement togolais de soumettre l’entreprise au redressement fiscal. Des propos qui auraient fâché le chef de l’Etat togolais.

Selon un employé de la BB Lomé, le groupe n’a pas vu d’un bon œil l’idée de mise en place du Système automatisé de marquage des produits introduits (SAM) voulue par les autorités togolaises. Pour l’ex-Commissaire aux impôts de l’Office togolais des recettes Adoyi Essowavana, lors de l’annonce, le SAM permettra de réduire l’écart fiscal sur de nombreux produits de consommation. L’écart fiscal, la différence entre les taxes qui devraient être perçues, et ce qui est collecté effectivement, est estimé à 15 milliards FCFA.

« C’est un coup dur pour l’entreprise. Bien avant l’introduction du système de marquage automatisation la BB Lomé ne déclarait pas toutes les boissons produites », nous confie l’employé. Il ajoute que quelques jours avant la mise en marche du SAM, la société a produit plus de boissons qu’elle n’en a déclarées obligeant de la part de ses salariés des heures supplémentaires. L’objectif toujours selon l’employé est de ne pas déclarer une forte quantité de boissons et par conséquent payer moins d’impôts. « Nous ne pouvons pas produire plus que la demande », a réagi Jean-Claude Dogo, Responsable des relations publiques de BB Lomé. Contacté dans le cadre de cette enquête, l’actuel Commissaire général de l’OTR, Philippe Tchodié n’a pas souhaité répondre.

Pierre Castel n’a pas un beau pédigrée en matière fiscale. Il n’aime pas trop le fisc. Cette interview accordée au journal Challenges le révèle. « J’ai toujours eu peur des socialistes. Financièrement et économiquement, la France devient dangereuse. Lorsqu’on vous prend plus de 50% de vos revenus, vous ne pouvez pas l’accepter. D’ailleurs, le bouclier fiscal était une bonne mesure. Mais je suis Français et j’investis beaucoup en France avec l’argent gagné en Afrique », avouait-il dans Challenges. Ce fils d’immigré espagnol, magnat du vin en France, des bières et boissons gazeuses en Afrique vit en Suisse au bord du Lac Leman en Suisse, pays connu pour être l’une des places offshores au monde. Il a domicilié ses nombreuses sociétés dans les paradis fiscaux. Comme celle de la Brasserie de Lomé.

@Togofirst

BB Lomé dans une opération offshore

Gbadago, quartier populaire de Lomé. Non loin des feux tricolores de son principal carrefour connu pour avoir été le théâtre des affrontements sanglants des années 90, le bar 100% Infinity. C’est là-bas qu’un samedi soir de juin 2020 un groupe de jeunes étanchent leur soif et discutent sur des sujets divers. L’un des thèmes cristallise particulièrement les échanges. Celui des investissements des multinationales de la bière en Afrique. Ils avancent des estimations et en sont restés là. L’installation et les chiffres d’affaires des industries brassicoles sur le continent africain échappent souvent aux buveurs de bière. Le houblon fermenté détourne facilement la curiosité d’aller au-delà des verres pétillants et mousseux.

Le Groupe Castel, c’est une multitude de filiales. On dénombre 240 dans cinquante pays au monde. Certaines sont enregistrées dans les paradis fiscaux. Une stratégie qui permet au groupe d’optimiser ses revenus et de payer moins d’impôts. Comme une pieuvre à plusieurs tentacules, le nom de la brasserie de Lomé apparaît dans l’une des nombreuses ramifications de l’entreprise brassicole française. Un document fuité auquel le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) a eu accès, rapporte à cet effet une réunion tenue à Singapour le 08 mars 2007.

À l’époque, les brasseries BB Lomé sont détenues à 94,85 % par une société domiciliée à Gibraltar, ACP Holding, qui est elle-même détenue à 59,2 % par le Groupe Castel (à travers les Brasseries internationales Holding-BIH) et à 40,74 % par Olivier de Wismes, un ressortissant français. Son nom n’apparait pas dans le montage puisque, selon le mémorandum, c’est officiellement Finova Luzern qui possède les 40,74 % d’ACP Holding. Mais Finova Luzern est un simple trustee, qui agit au nom d’Olivier de Wismes. Le document précise que le français voulait investir au Togo au lendemain du changement de Président à la tête du Togo   et de l’ouverture aux investisseurs étrangers qu’offre le pays. Pour réaliser son projet d’investissements, il se tourne vers Bearbull Degroof, une banque genevoise (Suisse) et contracte un prêt de 10 millions d’euros.

Olivier de Wismes voulait-il faire croire que les investissements au Togo viennent d’Asie ? Pourquoi ? Pour rester discret sur l’origine des fonds et/ou sur celui qui réalise les investissements ? Le rapport confidentiel ne le dit pas mais souligne que les 10 millions d’euros ne lui sont pas versés directement « mais sont prêtés à Wanchai capital Pte Ltd, domiciliée à Singapour ». C’est cette société singapourienne qui réalisera les investissements au Togo. Comme pour ACP Holding, Finova Luzern est l’actionnaire officiel de Wanchai capital, le nom d’Olivier de Wismes n’apparait pas, mais le trustee agit au nom d’Olivier de Wismes, le véritable propriétaire. C’est alors que le Groupe Castel intervient dans la transaction.  Mais de façon indirecte.

Panneaux publicitaires de la bière Castel

La banque Bearbull Degroof a exigé des garanties de remboursement de l’argent prêté. Olivier de Wismes n’étant pas en mesure d’apporter lui-même les garanties, c’est son associé dans d’ACP Holding, les Brasseries internationales Holding du Groupe Castel, qui le fait, sous forme d’une option d’achat. « Castel (BIH) s’engage à racheter pour 15 millions d’euros les parts d’Olivier de Wismes dans ACP Holding (donc dans les brasseries BB de Lomé) si l’emprunt n’a pas été remboursé après 5 ans, ce qui permettra alors à Olivier de Wismes de rembourser son prêt », peut-on lire dans le document.

Le document ne dit pas quelles compensations Castel a obtenu pour se porter caution d’Olivier de Wismes. Mais on peut imaginer que la valeur des parts d’Olivier de Wismes dans les brasseries BB Lomé valent plus que 15 millions d’euros selon que le prêt est remboursé ou pas. D’une part, si le prêt est remboursé, Castel n’a pas à débourser d’argent et Olivier de Wismes garde ses parts. Et d’autre part, si le prêt n’est pas remboursé, Castel est obligé de payer les 15 millions en garantie mais récupère à un bon prix les parts d’Olivier de Wismes dans les brasseries togolaises.

Le second volet du rapport confidentiel met en lumière le montage bancaire. « Si les 10 millions d’euros sont versés sur un compte de Wanchai capital à Singapour et que l’argent est placé en attendant d’être investi au Togo, Wanchai capital devra payer des impôts sur ces intérêts. Il est donc proposé d’ouvrir un compte en Suisse et un compte à Singapour. Les 10 millions d’euros seront versés sur le compte en Suisse et placés en attendant d’être investis au Togo », lit-on dans le document. Lorsque, souligne le rapport, « l’investissement devra avoir lieu, l’argent sera d’abord transféré sur le compte à Singapour, puis versé au Togo, pour donner l’illusion que l’investissement vient d’Asie ».

De l’avis d’un expert qui a requis l’anonymat, « les parts d’Olivier de Wismes dans ACP Holding ont sans doute été rachetées plus rapidement que ce qui était initialement prévu ». Selon toujours lui, « Castel est semble-t-il propriétaire de 100 % d’ACP Holding dès 2008 ». Ces transactions s’apparentent souvent à des moyens de payer moins d’impôts comme l’expliquent certains experts contactés.

« En général, la fraude fiscale se caractérise par la violation délibérée de la loi fiscale ou par une soustraction illégale de tout ou partie de la matière imposable », explique Reine Flore Tamo experte en fiscalité. Il est important de noter, précise Lionel Bassega, expert chez Global Financial Integrity que « les comptes offshores et les sociétés écrans sont souvent utilisés par des particuliers, des organisations criminelles et des entreprises pour déplacer secrètement des fonds, blanchir de l’argent, échapper aux impôts, contourner les contrôles de change, etc. « Ceci est principalement dû au fait que les paradis fiscaux ont généralement peu ou pas d’impôts sur les sociétés et opèrent sous des juridictions secrètes », souligne-t-il.

Pour Jean-Claude Dogo cité plus haut, la BB Lomé est une entreprise citoyenne. « Ces pratiques ne répondent pas à l‘éthique de BB Lomé et du Groupe Castel. Je ne peux pas confirmer vos informations et n’ai pas connaissance de quoi que ce soit en matière d’évasion fiscale », a-t-il répondu. Au Togo, des mesures de contrôle, de lutte contre la fraude et l’évasion fiscale ont été renforcées en janvier dernier dans la loi de Finance 2021. Aussi apprend-on dans les livres de procédures fiscales, une 50% d’amende de la transaction est infligée à ceux qui opèrent dans l’opacité.

Encadré : La découverte des homonymes d’Olivier de Wismes

Il apparaît dans une photo avec Noupokou Damipi, l’ex-ministre togolais en charge des Mines. « En photo (de gauche à droite) : Noupokou Damipi, Daniel Miossec (ContourGlobal), Sarah Stokoe (Gide Loyrette Nouel), Olivier de Wismes et Alain Tronche (Vice-président Europe/Afrique ContourGlobal) », peut-on lire en légende de la photo (voire la photo ci-dessus).

Selon le site officiel du gouvernement togolais, le ministre avait pris part à une cérémonie de remise de prix à la Centrale électrique togolaise ContourGlobal. « Distinguée pour son innovation et son impact sur le secteur énergétique en Afrique de l’Ouest, la centrale électrique construite par la société américaine ContourGlobal à Lomé s’est vue décernée jeudi à Londres le prix du « projet africain de l’année 2009 » par le magazine spécialisé Euromoney’s Project Finance magazine », indique republicoftogo.com dans une livraison datée du 12 février 2010.

Cependant, un nom est ajouté à Oliviers de Wismes. Il s’agit selon Wikipédia du baron Jean-Baptiste Heraclée Olivier de Blocquel de Croix de Wismes. Cette fois, il est un archéologue, dessinateur, graveur et lithographe français né le 16 septembre 1814 à Paris et mort le 5 janvier 1887 à Nantes. De toute évidence, ce n’est pas celui qui fait des affaires avec Pierre Castel.


Wismes Damipi / Ph : Republicoftogo

Toutefois, selon opencorporates.com une société a été enregistrée au nom d’Olivier de Wismes, entrepreneur individuel sous le numéro 520535907. On apprend que la société a été créée le 1er mars 2010 et a cessé toute activité en février 2018. Le numéro susmentionné n’est autre le code SIREN de l’entreprise selon le site infogreffe.fr qui indique qu’Olivier de Wismes est domicilié à Rennes en France. Ici il est présenté sous la forme d’une société. On parle de la « société Monsieur Olivier de Wismes ».

Il est entrepreneur individuel et la société a été active durant 7 ans. « L’entreprise Monsieur Olivier de Wismes avait domicilié son établissement principal à Rennes (Ndrl, en France, siège social de l’entreprise). C’était l’établissement où étaient centralisées l’administration et la direction effective de l’entreprise », indique le site société.com spécialisé dans la collecte et la production de milliards de données sur les sociétés françaises. Le site est également leader en data business. « L’établissement, situé au 6 SQ DE Tanouarn à Rennes (35700), était l’établissement siège de l’entreprise Monsieur Olivier de Wismes. Créé le 1er mars 2012 son activité était les autres services personnels n.c.a.. », selon toujours société.com.

L’intrigant Olivier de Wismes va encore se révéler avec un autre ajout : Olivier De Blocquel de croix de Wismes. « Olivier de Blocquel de croix de Wismes dirige 2 entreprises (2 mandats), son mandat principal est Administrateur au sein de l’entreprise WELL (3 personnes, CA : 1 244 000 €) », nous renseigne. La même source rapporte que « Olivier De Blocquel de croix de Wismes évolue dans le secteur d’activité des Services. Vincent FROGER fait partie du réseau de Olivier De Blocquel de croix de Wismes Président dans l’entreprise WELL ».

Le mystérieux Olivier est aussi gérant de l’entreprise OW Consultants, une société à responsabilité limitée est en activité depuis 14 ans. « Implantée à Paris (75116), elle est spécialisée dans le secteur d’activité du conseil pour les affaires et autres conseils de gestion. Sur l’année 2016 elle réalise un chiffre d’affaires de 165.400.00 euros. Le total du bilan a diminué de 3,71 % entre 2015 et 2016 », fait savoir societe.com.  Probablement c’est ce dernier Olivier qui fait des affaires avec le très taiseux Castel.

Castel, côté liaisons dangereuses

L’empire ne s’est pas consolidé à travers les âges sans le concours des hommes ou réseaux politiques. D’ailleurs, c’est l’un des leviers du groupe. Pierre Castel le reconnaît dans sa rencontre décisive avec Omar Bongo. Ce dernier a usé de son influence en Afrique centrale et de l’ouest pour asseoir l’ancrage de la multinationale. En se frottant avec ses milieux, il est difficile de ne pas mettre sa main dans le cambouis. Une tache indélébile qui colle à l’empire brassicole breton.

En Angola, selon Olivier Blamagin que nous avons joint dans le cadre de cette enquête, Pierre Castel aurait usé de ses entrées au palais présidentiel pour détendre la tension entre Paris et les autorités angolaises. Au Burkina où l’une de ses filiales « Brakina » était menacée de grève, Pierre Castel est parvenu à étouffer la contestation des travailleurs qui réclamaient une revalorisation salariale. Il s’y est rendu, et a rencontré les autorités politiques de l’époque pour finalement mettre sous éteignoir les revendications du personnel.

Tout récemment, L’ONG américaine The Sentry a accusé la multinationale française dans un rapport publié le mercredi 18 août 2021 de soutenir les factions rebelles en Centrafrique. La direction générale de Castel a pris connaissance des allégations graves portées le 18 août à l’encontre de Sucaf RCA, filiale centrafricaine de Somdiaa, dont Castel est actionnaire et saisi son comité d’éthique dans le but de diligenter immédiatement une enquête, conformément à ses procédures internes », a réagi le groupe à la suite du rapport. Aussi selon le journaliste Antoine Glaser, spécialiste de l’Afrique et cité par le site internet www.monde-diplomatique.fr dans sa livraison d’octobre 2018, Pierre Castel « aurait également joué, dans l’ombre, un rôle dans l’accession au pouvoir de M. François Bozizé en Centrafrique en 2003 ».

Au Togo, le nom de Pierre Castel n’apparaît pas officiellement dans un rapport l’impliquant dans le soutien au parti au pouvoir ou aux opposants. Mais, le pays est connu pour ses intermittents soubresauts politiques. Il est secoué sporadiquement par les crises souvent électorales et politiques dont la dernière en date est celle du 17 août 2017. Toutefois, un ancien cadre du Groupe Castel révèle dans le documentaire : « Complément d’enquête. Le Baron du rouge », les pratiques de corruptions des hommes politiques. Il affirme dans le film   avoir été témoin de la remise d’une forte somme d’argent au profit d’un candidat présidentiel dans un pays d’Afrique (Ndrl, le nom du pays en question n’a pas été dévoilé).

« Le cas que j’ai vécu s’est fait de la main à la main, à un émissaire, donc pas au candidat en direct. Ça s’est fait dans un endroit neutre. On est venu discrètement, et on est reparti tout aussi discrètement (…) Le cas que j’ai vécu, c’était quand même des centaines de milliers d’euros. On ne sait pas à quoi sert cet argent, on ne peut absolument pas faire un suivi. Il n’y a pas de reçu, il n’y a pas de témoins, donc c’est impossible à recouper et puis par essence, il n’y aura jamais de preuves », indique-t-il.

Le patron de BB Lomé ne voit pas d’un bon œil, la Société nouvelle des boissons. Une nouvelle brasserie qui partage désormais le marché togolais avec la multinationale française. Selon Olivier Blamangin joint au téléphone dans le cadre de cette investigation, Pierre Castel parvient souvent à racheter les entreprises concurrentes, comme le cas de la société « Brakina » (Brasseries du Burkina).  A Lomé, la « guerre de la bière » ne fait donc que commencer.

Une enquête réalisée par Anani GALLEY dans le cadre des Pandora Papers sous la coordination de l’ICIJ et de la CENOZO.

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