L’exploitation minière en Guinée génère beaucoup d’impacts négatifs sur les populations riveraines des sites miniers, des impacts sur l’environnement et le cadre de vie des populations riveraines des activités minières La région de Boké est la zone la plus exposée. En effet, elle abrite une dizaine de compagnies minières tant en exploration qu’en exploitation, livrant ainsi la quasi-totalité du territoire à d’intenses activités extractives qui affectent le cadre de vie et les activités agropastorales des populations livrées à la pollution à grande échelle.  

Des années auparavant, cette préfecture était réputée être le grenier de la Guinée, cultivée par une population majoritairement agropastorale très active. Mais aujourd’hui, elle peine à répondre aux besoins de la consommation locale. Et le souvenir des anciens temps d’abondance est évoqué avec tristesse.

Ces populations n’ont pas abandonné l’agriculture par choix. Les terres cultivables se font rares désormais, en raison des dégâts occasionnés par l’exploitation minière. Parmi ces dégâts, citons la destruction des terres cultivables, la pollution des sols et des cours d’eau, envahis soit par la poussière, soit par les produits pétroliers. Le rapport d’inspection de la SMB par le Bureau Guinéen d’étude et d’évaluation environnementale en date du 22 avril 2017 en fait foi.

 

« La SMB devrait savoir que nous sommes au 21ème siècle. On ne peut pas, aujourd’hui, confiner pratiquement la population indigène au profit de la compagnie !», s’exclame le jeune Dramé.

« Recommandations "Gestion des eaux de drainage.
Purifier les eaux de draîinage avant leur rejet dans le fleuve Natampou en y aménageant des bassins de décantation à la fin des canalisations.
Gestion des poussières
Mettre la dalle dans l'enceinte de la station de ravitaillement ou à défaut, sur toutes les sections censées être les passages obligatoires des camions citernes. »’’ Telles sont les recommandations du BGEE à la page 32 du rapport d’inspection sur les installations de la SMB en Avril 2017.

De nombreux villages sont appelés à disparaître pour laisser place à l’exploitation minière. Du port de Dapilon, jusqu'aux plateaux bauxitiques de Dioumayah ainsi que dans les localités environnantes, la production du riz et des autres aliments de base a fortement baissé.

Amirou Dramé, chef d'antenne du développement social et citoyen de Corrérah, pensait qu’avec la mine, viendrait le bonheur, mais, résume-t-il : « hélas, nous sommes ébahis d’être envahis.». Pour lui, les conséquences collatérales, notamment la dégradation de l’environnement physique, économique et social ainsi que le peu d’emplois créés creusent le décalage entre les attentes des riverains et la réalité.

De nombreuses personnes qui travaillaient dans l’agriculture familiale ont abandonné cette activité au profit des emplois non qualifiés proposés par les compagnies minières évoluant dans la zone, notamment la SMB.

 

La population est exposée aux bruits, à la poussière, à la dégradation des routes, à la destruction de l'environnement, à la dévastation des plantations. « La SMB devrait savoir que nous sommes au 21ème siècle. On ne peut pas, aujourd’hui, confiner pratiquement la population indigène au profit de la compagnie !», s’exclame le jeune Dramé.

"(...)depuis que cette société s’est implantée dans notre village, on a du mal à joindre les deux bouts. Même les animaux sauvages qui venaient souvent ont fui, parce qu’ils n’ont plus où rester et par manque d’eau. » M'Mawa Sylla

M’Mawa Sylla est la présidente des femmes de Kandouba, secteur Dioumayah. Pour elle, les sociétés minières se comportent de façon irresponsable.

« La société nous a exproprié de nos terres cultivables et celles qui nous restent ne servent plus à rien, puisque les cultures ne donnent plus. Avant; on associait les cultures. En plus du riz, on plantait les tomates, les piments, les tarots, l’anacarde. Le travail de la terre nous suffisait et, parfois même, on arrivait à vendre nos récoltes. Mais depuis que cette société s’est implantée dans notre village, on a du mal à joindre les deux bouts. Même les animaux sauvages qui venaient souvent ont fui, parce qu’ils n’ont plus où rester et par manque d’eau. »

Des manifestations qui tournent à l’émeute 

En plus de dénoncer la mal gouvernance, les manifestants s’attaquent de plus en plus aux symboles du pouvoir.

Le vendredi 15 septembre 2017, des jeunes révoltés ont mis à sac le siège du RPG Arc En Ciel, parti au pouvoir, et brûlé les chaises en plastique et les bancs. Certains responsables et militants du RPG Arc En Ciel étaient vraisemblablement visés. Coumbassa Mohamed, militant du RPG, a expliqué à un journaliste du Lynx que dans la nuit du jeudi 14 septembre, des manifestants sont venus chez lui pour bastonner sa famille « Ma femme a été blessée. Ce matin, je m’occupais d’elle pour l’envoyer à l’hôpital et, au retour, j’ai entendu des gens dire qu’ils allaient détruire le siège. Les maisons de certains corps habillés, gendarmes, policiers et militaires logés dans les quartiers ont été la cible des manifestants. Même des hôtels n’ont pas été épargnés. »

La localité de Corrérah plus que jamais polluée

Le consortium CMB-WPA (Compagnie des Mines Boké- Winning Africa Port) exploite la bauxite dans la région de Boké, sur le plateau de Kaboyé, depuis juillet 2015. Il a suffi de deux ans à peine pour créer le mécontentement.

L’acheminement par voie routière de la bauxite vers les deux ports fluviaux de Katougouma et de Dapilon semble avoir un impact négatif sur les champs, les ressources hydrauliques et la végétation. Les villages à proximité des mines, des ports et de la route minière se plaignent de pollution aérienne due, selon eux, à la bauxite qui met en danger leur santé et leurs sources de subsistance.

C’est le cas, par exemple, des villages de Diakhabya (Dapilon) et de Baniré (Dabis) où la poussière semble altérer les feuilles des anacardiers dont la culture était jusque-là l’une des principales activités. Suite à la diminution et à la pollution des ressources hydrauliques, les activités agricoles ont accusé le coup. Ainsi, même si l’entreprise se félicite d’avoir versé des compensations pour les champs pris aux populations, les villageois se plaignent, quant à eux, de ce que la baisse de productivité des terres met en danger leur survie.

A ce jour, très peu de mesures concrètes sont prises pour atténuer la pollution aérienne à la bauxite provoquée par le transport du minerai en camions. Parmi les mesures prises il y’a l’arrosage d’une partie de la route minière et le début du pavage de la route menant à l’une des mines de la société kaboé.

Pendant ce temps, CMB-WPA n’a de cesse d’accroître ses capacités d’extraction, de transport et de stockage sur les ports, en s’exonérant de toute responsabilité. Souvent Interpellée par les autorités locales, la société a toujours promis, sans suite, des mesures correctives. Les quelques rares mesures adoptées le sont sous la menace des soulèvements populaires.

Les émeutes dont la ville de Boké a été le théâtre en avril et mai 2017 sont survenues dans un contexte social très tendu. En effet, si la bauxite est exploitée depuis des décennies dans la région, les populations locales affirmaient ne jouir d’aucune retombée et se plaignaient, surtout, du manque d’emplois offerts à la jeunesse locale.

Ainsi, la ville de Boké s’est embrasée après des coupures de courant à répétition et la mort d’un chauffeur de taxi renversé par un camion transportant de la bauxite.

Corrérah, quartier périphérique de la commune urbaine de Boké, situé sur l'autre rive du Rio Pongo, risque d'être étouffé par l'exploitation minière.

« Nous recevons pas mal de cas de maladies liées à des complications pulmonaires ; provoquées par les émissions dégagées par les activités minières. Nous prenons en charge des cas de rhume, sinusites et maux de tête notamment. Les impacts sanitaires sont considérables.», docteur Salif Youla.

En décembre 2016 déjà, les jeunes de ce quartier ont battu le pavé pour réclamer des conditions sanitaires appropriées. Après plusieurs tentatives infructueuses pour rencontrer les autorités, ils sont passés à la vitesse supérieure. Surchauffés, ils ont barricadé la route pour empêcher les engins de la SMB de passer. Ils protestaient contre les vagues de poussière dégagées par les engins à longueur de journée qui ont tari la production des anacardiers en 2015 et dévasté les surfaces cultivables du quartier. A court terme, ils demandaient à la SMB d’arroser la route et, à moyen terme, de la bitumer. Ils ont obtenu l'arrosage de la route 3 fois par jour.

La législation minière et environnementale, notamment le code minier et le code de l’environnement, impose aux entreprises l’obligation de réaliser une étude d’impacts environnementaux et sociaux suivie d’un plan de gestion social et environnemental pour atténuer les impacts à travers des mesures correctives. Mais la loi n’a pas été respectée dans le cas de la SMB. (Voir ci-contre)

Outre la pauvreté et le manque d’infrastructures, les habitants se plaignent de problèmes respiratoires. Le docteur Salif Youla, unique médecin du centre de santé de Tanéné, la localité qui abrite la compagnie minière, confirme : « Nous recevons pas mal de cas de maladies liées à des complications pulmonaires ; provoquées par les émissions dégagées par les activités minières. Nous prenons en charge des cas de rhume, sinusites et maux de tête notamment. Les impacts sanitaires sont considérables.»

Des cours d’eau tarissent, soit sous l’effet de l‘activité minière, soit à cause des remblais dans la construction des routes minières ou du dynamitage qui transporte des blocs de pierre dans les rivières et marigots.

Le service national d’aménagement des points d’eau a creusé un puits à Djoumaya, où trois rivières sur six ont tari. Cependant, même si des forages peuvent atténuer les impacts sociaux, l’assèchement des rivières met en danger les espèces animales.

Tiguidanké Dramé et Tiguidanké Diaouné sont toutes deux habitantes de Kounissa, l’une des localités impactées par la route minière de la SMB.

« On a énormément de problèmes d’eau ici. Avant l’arrivée de la société, les puits et les marigots ne tarissaient pas. Leur arrivée a détruit presque tout. Il nous faut faire la queue et parcourir des distances pour avoir un peu d’eau. Depuis 8 heures du matin je suis sur pied pour chercher de l’eau. Souvent, je me fais accompagner par mes enfants ou ceux de mes coépouses. »

Encadré : des manifestations qui dégénèrent

3 morts, plusieurs dizaines de blessés

Le 24 avril 2017, les populations de Boké ont manifesté pour réclamer l’eau, l’électricité et l’emploi des jeunes dans les sociétés minières. Le deuxième jour de la manifestation, on a déploré un mort et 28 blessés dont 9 par balle et des dégâts matériels importants, notamment des édifices publics et des biens privés (le bureau de la société Electricité de Guinée, la mairie, le palais de justice nouvellement inauguré, le siège de la SMB et la compagnie de la gendarmerie mobile) vandalisés. Trois machines qui devaient servir au reprofilage de la route qui mène à Katougouma, (village qui abrite le site minier) ont été brûlées.

Les manifestants déterminés à en découdre avec les forces de l’ordre ont barricadé toutes les rues de la ville et brûlés des pneus, empêchant ainsi la circulation de l’entrée de la ville jusqu’à la sortie. Des slogans hostiles au pouvoir en place ont été lancés. La révolte a duré quatre jours, faisant, selon la gendarmerie, 3 morts et plus de 45 gendarmes blessés, dont l’un a perdu l’œil gauche. Les logements de 5 gendarmes ont été saccagés et le véhicule du commandant de la gendarmerie calciné. selon une source officielle locale.

La manifestation pour réclamer les services sociaux de base a sonné comme un soulèvement populaire, un ras-le-bol total. « Nous en avons marre des fausses promesses des autorités. Il y a plus de 14 sociétés minières à Boké mais la population croupit dans la misère. Nous entendons chaque fois que les mines rapportent des milliards au pays et nous, nous sommes privés d’eau et de courant dans la ville où ces minerais sont extraits. C’est inacceptable ! » lance un vieux assis devant sa maison.

L’Etat et la SMB ont promis l’amélioration des conditions de vie des populations concernées mais, pour le moment, ces dernières endurent surtout les conséquences négatives de l’exploitation. Malheureusement, la Convention minière n’ayant pas été rendue publique, personne ne peut renvoyer la SMB à ses engagements pris.

L’élément déclencheur

Ce qu’on pourrait appeler élément déclencheur, c’est un accident provoqué par un Chinois au volant d’un 4x4 qui a percuté un imam au quartier Baralandé, dans le secteur Néma, le samedi 22 avril 2017. L’imam a succombé à ses blessures après son évacuation à Conakry le lendemain. Après l’enterrement, le lundi 24 avril à 16h, les hostilités ont commencé.

Ce qui a irrité la population, c’est le comportement raciste du Chinois qui aurait dit en riant, cigarette à la main, que le sang d’un Noir ne toucherait pas son véhicule. Les habitants l’ont fouetté et obligé à embarquer le blessé. La manifestation s’est poursuivie le lendemain et s’est transformée en revendication politique, les populations accusant les autorités de laxisme pour n’avoir pas poursuivi le Chinois.

Au même moment, alors que l’électricité à Boké n’est disponible que de 19h à 01h du matin, elle avait carrément cessé d’être distribuée. Cela a aussi contribué à attiser les tensions. Le jeudi 27 avril vers 09h, alors que tout le monde pensait que le calme était revenu dans la cité, les échauffourées ont repris.

Alhassane Coumbassa, l’un des jeunes meneurs rencontré à Boké, s’exprimait en ces termes: «Nous demandons que le courant et l’eau soient rétablis et que nos frères soient embauchés dans les sociétés minières, sinon nous continuerons les manifestations Même si nous devons tous mourir.»

Le jeudi 27 avril 2016 vers 16h, les jeunes ont rendu publique une plateforme de revendication. 35 points y figuraient parmi lesquels l’eau, l’électricité 24h sur 24, l’emploi des jeunes dans les sociétés minières sans condition, la construction d’une route pour contourner la ville parce que les gros porteurs représentent un danger pour la population, le bitumage des voiries urbaines et le respect par les sociétés minières de leurs obligations sociales , notamment en termes d’atténuation des effets de l’exploitation sur leur environnement et leur santé.

Répression et intimidation

Une balle a frôlé le cou de Thierno Souleymane Diallo, alité à l’hôpital régional de Boké. Selon lui, c’’est un gendarme qui lui a tiré dessus. Aly Compo, capitaine de l’armée à la retraite âgé de 70 ans, habitant au quartier Gorèye, a été blessé à la tête et sur la lèvre supérieure « J’étais chez moi lorsque les gendarmes sont arrivés pour me frapper. Ils disent que c’est nous qui incitons les enfants à sortir. Ils ont cassé toutes les marmites et les seaux que ma famille utilise pour faire la cuisine. Ils disent qu’ils vont gâter mon bâtiment ».

Martin Fara Bangoura, père d’un jeune blessé par balle à la hanche, dénonce l’utilisation disproportionnée de la force à l’endroit des citoyens : « Mes enfants étaient assis devant ma maison en train de faire le thé lorsque les gendarmes ont surgi pour tirer sur eux. Abraham a reçu une balle. Le gouvernement a envoyé des militaires pour nous tuer, au lieu de nous protéger.». Abdoul Koumbassa d’enchaîner : « Quand on sait que Boké regorge de richesses et que nous sommes misérables, j’ai vraiment mal. Pourtant Boké devait être la vitrine de la Guinée ».

Une fille a même accusé les forces de l’ordre de tentative de viol : « Je me lavais dans la douche quand la bagarre a commencé. J’ai fui pour rentrer dans la maison, les gendarmes m’ont poursuivie et ils m’ont dit d’enlever mon pagne. J’ai refusé. Quand les jeunes ont lancé les pierres, ils les ont poursuivis. C’est ce qui m’a sauvée. »

Des citoyens ont affirmé qu’au début, la manifestation était pacifique. Mais l’arrivée des forces de l’ordre a exacerbé les violences, ces dernières ayant endommagé une boutique Orange Money. Du coup, les populations se sont organisées pour sécuriser leurs biens. C’est ainsi que Babadi Manet, venu défendre la boutique d’un de ses proches, a été poignardé sous les aisselles et a eu le bras fracturé par les gendarmes. «Quand je suis tombé, un gendarme avec son couteau baïonnette m’a percé et un autre a pris sa gourmette pour taper sur ma tête, pendant que d’autres lançaient des cailloux sur moi ».

A l’hôpital régional de Boké, les médecins ont travaillé sans groupe électrogène, les manifestants le leur interdisant, et sans médicaments en quantité suffisante. En effet, il n’y aurait d’électricité pour personne ce jour-là.