En 2018, le taux de fécondité au Niger est le plus élevé au monde avec 7,6 enfants par femmes selon une étude de l'UNICEF. Une réalité qui fait des centres de santé de la mère et de l’enfant des endroits très fréquentés par les femmes Nigériennes. L’apparition du premier cas de COVID19 dans ce pays est intervenue le 19 mars 2020. « Il s’agit d’un sujet de nationalité nigérienne de 36 ans, magasinier d’une compagnie de transport terrestre, ayant voyagé suivant l’itinéraire Lomé-Accra-Ouagadougou », avait déclaré le ministre de la Santé publique, Illiassou Mainassara, dans un communiqué à la télévision nationale.

Depuis ce jour, les habituelles usagères des six (6) centres de santé de la mère et de l’enfant ont cessé d’aller se faire consulter. Elles ne reviendront qu’après la période de pic (avril-juin 2020).

Ce jour de juillet 2020, dans le grand hall d’attente du centre de santé intégré de Garbado (région de Niamey), une dizaine de femmes sont assises, attendant chacune son tour chez le médecin. Ici, malgré la baisse du nombre de cas infectés par le COVID19 au Niger, il règne une méfiance entre les visiteurs du centre, essentiellement des femmes. 

« Au début de la pandémie les gens ne venaient plus, ils étaient réticents et ce n’est qu’en cas d’extrême gravité qu’ils se rendaient dans nos locaux »

Fatima Zahra, comme toutes les autres jeunes mamans présentes, est là pour les consultations de son enfant Abdoul Wahab. Des consultations périodiques qu’elles avaient dû stopper à cause de la pandémie à coronavirus.

Comme Fatima, elles sont nombreuses, ces mères qui ont dû cesser de fréquenter les centres de santé à cause des risques de contamination de coronavirus. En effet, les services de santé de la mère et de l’enfant ont reçu un grand choc depuis la déclaration par les autorités nigériennes du premier cas de COVID19 sur le territoire.

Dans un micro-trottoir que nous avons réalisé dans les six (6) centres de santé de la région de Niamey, il ressort que l’instauration des mesures sanitaires préventives contre la COVID19, la difficile riposte du dispositif sanitaire face à une pandémie d’une si grande envergure et surtout la multiplication des cas de nouvelles contaminations au sein du corps médical ont fait fuir les femmes, habituelles usagères des formations sanitaires de proximité. 

Selon Idi Fatouma Tari Bako, responsable de la maternité Poudrière de Niamey, « au début de la pandémie les gens ne venaient plus, ils étaient réticents et ce n’est qu’en cas d’extrême gravité qu’ils se rendaient dans nos locaux ». Bon nombre de Nigériens, à l’en croire, étaient convaincus que  les centres de santé sont des foyers de contamination au COVID 19 et  nul ne voulait s’y aventurer. 

« Pendant cette période, le personnel était presque en congé. Chez nous, le centre était vide ; aucun malade ne venait se faire consulter de peur qu’on lui détecte le Coronavirus », explique Aïda Saley, agent de santé en poste au centre de santé Dan-Gawou à Niamey. 

Même constat au niveau de la maternité Talladjé où les responsables ont remarqué que la formation sanitaire a été de moins en moins fréquentée pendant la période de mars à juin et que même ceux qui y allaient ne se décidaient qu’au dernier moment ; lorsque la situation devenait grave. « C’est dans les hôpitaux qu’on attrape la COVID19 », convainc Fati Karimou âgé de 36 ans et enceinte de son deuxième enfant. « Je ne venais pas au centre pendant la situation de crise parce que dès que tu viens, même si tu es bien portant on risque de te déclarer affecté par le coronavirus. En plus je crois qu’il est plus facile d’être contaminé dans les centres de santé qu’ailleurs », poursuit-elle. 

A la maternité poudrière de Niamey, le 26 août 2020, nous avons rencontré des femmes qui sont venues pour des consultations postnatales. Parmi elles, Hadiza Garba, 29 ans, qui revenait après un long moment d’absence. Son nourrisson Karim devait recevoir une dose de vaccination qu’il a ratée à cause de la pandémie de la COVID 19. Et la maman ne voulait pas l'exposer au risque d’une contamination, nous dit-elle : « Karim a 9 mois, et je n’ai pas voulu prendre de risque ». D’autant plus que, selon elle, même dans les centres de santé, il n’y a pas assez de protection et de rigueur et c’est ce qui a contribué à les éloigner de ces lieux de soins. « Comme vous le voyez même (elle montre un agent de santé qui ne porte pas de bavette,), certains personnels de santé ne respectent pas les mesures barrières »,  affirme-t-elle.

Pour ne rien aider, il y a eu l’annonce de plusieurs cas positifs à la COVID19 au sein du corps médical, dont le médecin-chef de la maternité Issaka Gazobi, le professeur Nayama Madi. Ce dernier a confirmé l’information dans un reportage diffusé le 14 avril 2020 sur la télévision nationale nigérienne.Ce qui a littéralement contribué à l’arrêt des services de consultations pré et postnatales au niveau des deux grandes formations sanitaires les plus fréquentées par les femmes dans la capitale nigérienne (la maternité Issaka Gazobi et l’Hôpital Poudrière). 

Le phénomène a même touché les cliniques privées, les consultations en gynécologie et aussi l’arrêt du dépistage du cancer de sein et de celui du col de l’utérus au niveau du centre national de la reproduction. « Au niveau du centre de dépistage, ils ont tout arrêté quand on a déclaré la présence de personne infectée par le virus au Niger», explique Nadia Zouladeini, présidente de l’association SOS cancer Niger. Elle explique que devant une situation pareille, elle n’a pu rester indifférente face au calvaire des femmes. C’est pourquoi elle a parfois joué le rôle de psychologue afin de permettre aux patientes de vider leurs sacs, confie-t-elle.

Des améliorations en crescendo 

De plus en plus, les formations sanitaires reçoivent des femmes, non sans exiger le respect strict des mesures de prévention, dont le port obligatoire du masque, explique Dr Dan Bouzoua Fatouma, responsable de la maternité Yantala : « Par jour nous pouvons recevoir 40 voire 45 femmes pour accouchement. Elles n’attendent plus d’être en situation critique, comme elles le faisaient quand le nombre de cas infectés de COVID 19 au Niger était  encore en hausse ».  

Cette amélioration est remarquée aussi au niveau des deux grands centres de santé de Niamey, que sont la maternité centrale Issaka Gazobi et l’hôpital Poudrière dans lesquels les consultations avaient été stoppées pour cause de COVID 19.  Aujourd’hui les consultations ont repris, même si les femmes restent très méfiantes. « Je suis venue pour faire une échographie pelvienne parce que je suis à 6 mois de grossesse et je n’ai plus peur comme avant. Il me suffit juste de porter ma bavette et de respecter la distanciation sociale », confie Hamidou Maimouna Moussa, 33 ans.

L’amélioration de la santé de la mère et de l’enfant est une préoccupation essentielle pour la plupart des pays, surtout ceux en voie de développement comme le Niger. À la Conférence Internationale sur la Population et le Développement au Caire en 1994, la santé de la mère et de l’enfant, devenue un problème majeur de santé publique pour les différents pays, a conduit à l’adoption du concept de « santé de la reproduction » dont la surveillance de l’accouchement constitue une composante majeure. Malheureusement, les accouchements à domicile sans assistance médicale continuent d’être une préoccupation pour tous les acteurs de développement dans des pays comme le Niger. Pour un pays comme le Niger, 2,4%  des bébés meurent avant l’âge d’un mois, selon une étude de la Banque mondiale. 

Même si des efforts gouvernementaux ont permis d’augmenter le nombre d’accouchements assistés de 14 %, passant ainsi de 10 300 à 11 800 entre mars et mai 2020, il faut craindre une rechute de cette statistique d’ici la fin de la crise sanitaire, selon certains spécialistes.

 

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