Ce condensé de quatre années de recherches met en exergue des cas d’arrestations arbitraires et d’actes de harcèlement ciblant des citoyens en raison de leurs opinions jugées critiques et dissidentes. «L’usage de lois répressives pour écraser le droit à la liberté d’expression se traduit par la détention arbitraire de très nombreux citoyens, au seul motif qu’ils ont exercé sans violence leurs droits humains», a déclaré François Patuel, chercheur sur l’Afrique de l’Ouest à Amnesty International.

Selon le chercheur qui a participé aux recherches, au moins 17 détentions arbitraires de journalistes et blogueurs ont été recensées ces cinq dernières années et le Conseil national de la presse a sanctionné des organes de presse à maintes reprises, leur imposant interruptions de publication et lourdes amendes. Il prend particulièrement pour cibles ceux qui publient des opinions jugées critiques envers les autorités et proches des mouvements d’opposition.

«L’usage de lois répressives pour écraser le droit à la liberté d’expression se traduit par la détention arbitraire de très nombreux citoyens, au seul motif qu’ils ont exercé sans violence leurs droits humains»

Le 12 février 2017, six journalistes ont été arrêtés et placés en détention à Abidjan pour avoir couvert les mutineries. Privés de la possibilité de consulter un avocat pendant leur garde à vue, ils ont par la suite été inculpés de «publication de fausses informations» et «d’incitation à la mutinerie» de soldats. Ils ont été libérés le 14 février 2017, mais demeurent sous le coup d’une enquête de police.

Outre les journalistes et les blogueurs, les opposants politiques sont aussi la cible d’un harcèlement judiciaire, parce qu’ils expriment leurs opinions. Le 29 janvier 2019, le député Alain Lobognon, inculpé «de divulgation de fausses nouvelles et d’incitation à la révolte», a été condamné à un an de prison assorti d’une amende de 300 000 CFA (environ 460 euros).

Par ailleurs, le rapport d’Amnesty International recense des cas de torture et d’autres mauvais traitements, particulièrement à la Direction de la Surveillance du Territoire (DST), dans les commissariats et les gendarmeries ou lors de manifestations.

Six journalistes ont été arrêtés et placés en détention à Abidjan pour avoir couvert les mutineries

Le 8 novembre 2018, le cyber militant Soro Tangboho, alias Carton noir, «a été arrêté de manière arbitraire dans la ville de Korhogo», dans le nord du pays. Il a subi des actes de torture et des mauvais traitements au motif qu’il a diffusé en direct sur Facebook une vidéo montrant des policiers qui, selon lui, étaient en train d’extorquer de l’argent à des motards. Il a été passé à tabac dans les locaux de la police, où il a passé deux nuits avant d’être transféré à la DST.

Les investigations menées par Amnesty International révèlent que les conditions carcérales en Côte d’Ivoire sont inhumaines, donnant lieu à un grand nombre de décès. Au moins 152 personnes sont mortes en détention depuis août 2014.

En juillet 2018, environ 16 000 personnes étaient détenues dans 34 prisons, d’une capacité totale de seulement 8 639 places. Parmi les détenus, environ 5 800 se trouvaient en détention provisoire. D’autres étaient retenus dans des centres de détention non officiels, y compris à la DST.

«Les autorités doivent mener sans délai une enquête indépendante, impartiale, efficace et transparente sur les allégations d’atteintes aux droits humains, identifier et traduire en justice les responsables présumés de ces violations, notamment de torture et de morts en détention », a déclaré François Patuel membre d’Amnesty International Côte d’Ivoire.